La Mosquée des Omeyyades Damas - SYRIE

œuvre du khalife El Walid 1er, 705-715 Hégérite

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  • Abd al-Malik (685-705) et surtout al-Walid Ier (705-715) furent de grands constructeurs. Le centre du pouvoir ayant été transféré de Médine à Damas, les aspirations architecturales et artistiques des seigneurs omeyyades furent fortement marquées par les monuments du Proche-Orient classique et byzantin. L’influence de ces édifices prestigieux dépasse de loin le simple remploi d’éléments isolés – bases, fûts et chapiteaux, plaques, etc. On construisait selon des schémas élaborés par les civilisations locales préislamiques en les adaptant aux besoins nouveaux. La mosquée des Omeyyades à Damas, la mosquée al-Aqsa à Jérusalem, la reconstruction de la mosquée de Médine et d’autres encore témoignent, chacune à sa manière, de cette nouvelle esthétique. Ces édifices, tous hypostyles et pourvus pour la plupart d’une vaste cour entourée de portiques, possèdent un élément nouveau, le mihrab ; il est mis en valeur par une nef centrale qui crée un axe principal partant de l’entrée jusqu’à lui. Le mihrab, dont l’origine formelle est l’abside des édifices basilicaux antiques, sert à mettre en valeur le mur qibla et, partant, l’espace où se tient le chef de la communauté. Un chemin considérable a été parcouru entre les salles de prière aux supports équidistants des premiers temps de la conquête et ces édifices basilicaux qui introduisent une hiérarchisation immédiatement perceptible de l’espace. Peu importe que les nefs soient toutes orientées vers la qibla, comme dans la mosquée al-Aqsa à Jérusalem, ou que les nefs communes, parallèles au mur qibla, soient coupées à angle droit par une large nef centrale (et donc parallèles au mur qibla) comme c’est le cas dans la mosquée des Omeyyades à Damas. Selon Jean Sauvaget, la grande mosquée était, à l’époque omeyyade, "une sorte d’annexe publique du palais", et ce n’est donc pas la liturgie, mais bien le cérémonial aulique qui a conduit à adopter et à élaborer le schéma basilical. En tout cas, au-delà même de l’intérêt fonctionnel, les traditions de l’architecture préislamique locale – syro-palestinienne – ont été déterminantes pour la grande mosquée du centre de l’empire omeyyade qui exportait ses modèles jusque dans les provinces lointaines où, à leur tour, ils furent confrontés à des traditions architecturales locales qui les assimilèrent plus ou moins.

    La prise du pouvoir par les Abbassides (750) et le transfert de la capitale en Iraq n’entraînent pas une modification en profondeur du schéma architectural de la grande mosquée. Certes, en Iraq on construit surtout en briques et non plus en pierre de taille, et les dimensions augmentent, mais le mihrab reste toujours le point de convergence, et la nef centrale sert toujours à le mettre en valeur. La nouveauté la plus marquante est l’apparition du minaret (de manar , manara , lieu de lumière, tour de signalisation), cette tour d’où retentit l’appel à la prière. On connaît mal encore sa genèse; il ne semble pas avoir existé avant les Abbassides, et les minarets coniques à rampe hélicoïdale de Samarra, la ville royale abbasside du IXe siècle, sont parmi les premiers exemples conservés. La mosquée d’Ibn Tulun, au Caire, reprend le modèle de la grande mosquée de Samarra et a peut-être possédé, à l’origine, un minaret du même type. D’autres minarets contemporains, en al-Andalus et en Ifriqiya, sont des tours massives sur base carrée.

    Au IXe siècle, l’organisation hiérarchique de la salle de prière s’affine selon un véritable dispositif en T: la nef centrale, plus large et plus haute que les nefs communes, aboutit, au fond de la salle, à une nef de forme comparable, perpendiculaire, qui longe le mur qibla. La travée de pénétration se situe devant le mihrab et reçoit une petite coupole. La mosquée omeyyade de Médine annonçait déjà ce dispositif, mais il se trouve pour la première fois clairement affirmé dans la mosquée de Sidi ‘Oqba à Kairouan (vers 836), c’est-à-dire dans une mosquée provinciale abbasside.

    Dans les provinces orientales, on utilise les schémas importés du centre de l’Empire, adaptés aux matériaux et aux techniques, voire aux styles artistiques locaux. La brique, souvent en pose décorative, les revêtements de stuc sculpté et peint, l’importance des voûtes, la lourdeur des supports sont des caractéristiques de ces grandes mosquées. Deux mosquées, l’une près de Boukhara, l’autre à Balkh, donnent une importance accrue à la coupole; dans celles de Niriz et de Nayin, l’iwan occupe la place de la nef centrale. L’iwan (une vaste niche), la coupole et, surtout, l’association de ces deux éléments sont des thèmes de l’architecture palatiale sassanide qui réapparaissent dans les palais de Bagdad dès le VIIIe siècle, avant d’être intégrés dans l’architecture des mosquées. Mais au Xe siècle, c’est le monument commémoratif qui semble avoir suscité surtout les recherches formelles, plutôt que la mosquée.

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